Sortir de la servitude

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Marian Tupy – le 12 novembre 2009. Voilà vingt ans tombait le Mur de Berlin, et avec lui le pouvoir communiste en Europe Centrale. En moins de deux ans l’Union soviétique allait s’écrouler et la transition d’une dictature communiste à la démocratie de marché s’engagea dans la majeure partie de l’ancien bloc de l’Est. Francis Fukuyama dans La fin de l’histoire, concluait donc que la démocratie et le capitalisme avait gagné. Le communisme, pour employer une expression de Léon Trotski, finissait ainsi dans « les poubelles de l’histoire ».

En dépit de son échec monumental à apporter la paix sociale et l’abondance matérielle, le socialisme jouit d’une sorte de renaissance. Du Venezuela à la Bolivie, en passant par l’Afrique du Sud, les dirigeants gouvernementaux épousent les vertus supposées du socialisme. Même en occident certaines politiques publiques mènent l’intervention étatique dans l’économie à des niveaux jamais vus depuis des décennies. Étant donné ce renouveau d’intérêt pour les alternatives au capitalisme, il est sans doute approprié de rappeler le résultat de la dernière fois que le socialisme a été essayé avec enthousiasme.

Bien sûr les magasins peuvent être remplis de marchandises, les routes peuvent être reconstruites et les maisons rénovées. Mais les blessures psychologiques du communisme sont plus longues à guérir. Comme un voyageur en URSS a pu l’écrire en 1982 :

« S’il est difficile de décrire le désastre économique de la ‘Russie’ à quelqu’un qui ne s’y est pas rendu, il est encore plus difficile de décrire ce que leur système totalitaire a fait à l’esprit humain… Ce n’est pas simplement la grisaille terne que l’on voit partout. Ou la rudesse maussade que l’on rencontre si souvent. C’est que l’on ne voit jamais les gens rire, sourire ou même passer du bon temps. Les gens marchent légèrement voutés, détournant les yeux des étrangers. Il y a une atmosphère écrasante d’oppression et de dépression. »

Comme le philosophe et économiste autrichien Friedrich von Hayek l’expliquait à l’occident dans son classique de 1944, La route de la servitude, la planification centralisée conduit à des inefficacités considérables et de longues files d’attendes devant des magasins vides. Un état de crise économique perpétuelle génère des appels à encore plus de planification. Mais la planification économique n’aime pas la liberté. La centralisation des décisions économiques s’accompagne de la centralisation du pouvoir politique entre les mains d’une élite. Lorsque l’échec de la planification centralisée devient indéniable, les régimes totalitaires tendent réduire au silence les dissidents – parfois par le meurtre de masse.

Quelques 100 millions d’être humains sont morts dans cette poursuite de l’utopie communiste. Éliminer le profit et la propriété privée était supposer mettre un terme aux maux sociaux tels que l’inégalité, le racisme ou le sexisme. Mais au plus une société se rapprochait du marxisme – que cela soit des demi-tentatives comme en Hongrie ou des tentatives radicales comme Cambodge – au plus sanglant était le résultat. La survie dans une société communiste nécessite le mensonge, le vol et la trahison. Ainsi, comme le rappelait l’ancien président tchèque Vaclav Havel, la plupart des gens dans l’ancien bloc de l’Est ont grandi sans boussole morale. Beaucoup de ces survivants compromis moralement ont du mal à réfléchir sur le passé et à l’assumer.

Contrairement aux Allemands après la Deuxième Guerre Mondiale, les gens dans les pays ex-communistes n’ont jamais été forcés de faire face à leurs démons. En conséquence, le communisme n’a jamais atteint le degré d’opprobre morale que le nazisme. Tant que cela restera ainsi, l’économie « socialiste » continuera à jouir d’une certaine aura dans certains cercles qui la croient plausible.

Marian Tupy est analyste au Cato Institute.