Attaque de Nairobi : un retour de manivelle

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Attaque de Nairobi : un retour de manivelle

La prise d’otages et l’assassinat d’au moins 61 personnes au centre commercial de Westgate à Nairobi au Kenya le week-end dernier trouve ses racines dans l’intervention du gouvernement des États-Unis en Somalie, qui a débuté dans les années 1990. Bien qu’il n’existe absolument aucune justification au meurtre d’innocents, il faut souligner que les Chabab, le groupe islamiste qui a commis l’attentat contre le centre commercial et qui contrôle des régions entière de la Somalie, ne serait probablement pas au pouvoir sans les interventions des États-Unis.

Comme Scott Horton, l’animateur d’une émission de radio nationale américaine spécialisée dans ​​la politique étrangère, souligne dans le numéro de Septembre de Future of Freedom (dont je suis le rédacteur en chef) , le gouvernement américain est intervenu directement en Somalie et a soutenu les invasions répétées  de la part  d’États africains voisins, y compris le Kenya. Au passage, un gouvernement relativement modéré a été renversé, la résistance aux envahisseurs a été radicalisée et les Chebab liés à Al Qaeda ont gagné un contrôle partiel, chose qui aurait été peu probable sans cette intervention américaine.

Horton, en s’appuyant sur des rapports de première main du journaliste Jeremy Scahill, note que, après les attentats du 11 septembre 2001, l’administration Bush a compilé une liste de pays « mûrs pour un ‘changement de régime’ », incluant la Somalie, « dont aucun n’avait d’implication dans les attentats ou des liens réels avec ceux qui les avaient perpétrés. (...) Et par bonheur pour le Pentagone et la CIA, il n’était pas très difficile de trouver d’impitoyables seigneurs de la guerre prêts à accepter leur argent pour perpétrer des assassinats et des enlèvements ciblés contre ceux qu’ils accusaient d’être des islamistes - ou n’importe qui d’autre qu’ils souhaiter cibler ».

Un retour de manivelle était inévitable. L’Union des tribunaux islamiques (UTI) de Somalie, une coalition d’une douzaine de groupes, déposèrent les seigneurs de la guerre et le Gouvernement fédéral de transition soutenu par les Etats-Unis. « L’UTI déclara alors le règne de la loi islamique » écrit Horton . « Cela, bien sûr , n’était pas les affaires des États-Unis, et même si cela l’avait été, le régime somalien n’avait pas le pouvoir de créer un état ​​religieux autoritaire comme, par exemple, l’Arabie Saoudite, l’allié américain. (…) Et les croyances musulmanes traditionnelles de la Somalie étaient beaucoup plus libérales et tolérantes que celles d’Arabie ».

Mais cela était inacceptable pour l’administration Bush, donc à la fin 2006, elle fit envahir la Somalie et renverser l’UTI par l’Éthiopie, cet État « client » des États-Unis, chrétien et vieil adversaire de la Somalie, « des agents de la CIA et des opérations spéciales menant l’attaque ». En 2008, cependant, les somalis boutèrent les éthiopiens hors du pays. Dans cet effort on trouvait , selon les mots de Horton , « le groupe le plus jeune et le moins influent dans l’UTI, les Chabab (‘la jeunesse’) ». alors qu’elle allait quitter le pouvoir, l’administration Bush, cherchant à sauver la face, obtint des « vieux de l’UTI » un accord pour « accepter la forme du gouvernement fédéral de transition ». Cela rendit les Chebab furieux, ces derniers accusant l’UTI d’être devenus des agents américains.

« Ce n’est qu’alors, seulement, des années après que le chaos avait commencé, que les Chebabs déclarèrent leur loyauté à Al-Qaïda. Il commencèrent d’ailleurs à agir comme Al-Qaïda, appliquant des lois et des châtiments à la saoudienne dans les zones qu’ils dominaient, comme le fait de couper les mains de ceux qui étaient accusés de vol », selon Horton.

Malheureusement, l’équipe d’Obama a continué sur la même voie désastreuse :

« Après que les Ethiopiens se sont retirés, [ l’administration américaine] envoya les armées de l’Ouganda et du Burundi sous les auspices de l’Union africaine pour traquer et détruire les Chebabs. Puis vinrent les Kenyans, qui furent apparemment pris de panique après les attaques de luxueuses stations touristiques près de la frontière. En 2011, les Ethiopiens envahirent  à nouveau le pays. Les forces kenyanes prirent la ville portuaire de Kismayo aux Chebabs en 2012 et crièrent bruyamment victoire quand les rebelles furent dispersés. Mais une insurrection tenace continue la lutte.

Les américains, de leur côté, continuent de soutenir les forces d’invasion, ainsi que ce qui passe pour le « gouvernement » de Mogadiscio, avec des centaines de tonnes d’armes et des dizaines de millions de dollars. »

La CIA et l’armée américaine continuent de prendre une part directe, non seulement en aidant le gouvernement officiel, mais aussi en attaquant les somaliens avec des hélicoptères, des missiles de croisière et des drones et, selon Horton, « en supervisant au moins deux centres de torture ».

L’attaque abominable de Nairobi a mis les médias en effervescence quant à de possibles menaces terroristes contre des « cibles vulnérables » comme des centres commerciaux , non seulement en Afrique mais aussi aux Etats-Unis. Alors que nous réfléchissons à ce sujet, nous devons comprendre qu’il s’agit d’une menace « made in Washington ».

Combien de fois devrons nous faire l’expérience de ce que la CIA appelle des « blowback » (retour de manivelle) avant que le peuple américain ne crie son ras-le-bol ?

Sheldon Richman est le vice président de la Fondation pour le Futur de la Liberté (Foundation for the Future of Freedom). Le 26 septembre 2013.

Cet article a paru initialement en anglais sur le site de la Future of Freedom Foundation.