Pas de droits de propriété, pas d’investissements !

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Pas de droits de propriété, pas d’investissements !

Le président d’Afrique du Sud, Ramaphosa, a récemment envoyé quatre personnes chargées de la promotion des investissements étrangers. Leur mission était de lever 100 milliards de dollars d’investissements au cours des cinq prochaines années. L’un de ces émissaires, l’ancien ministre des Finances, Trevor Manuel, s’est étonné que la question foncière soit un réel frein pour les investisseurs. Cela semblait pourtant évident alors que l'article 25 de la Constitution doit être amendé, supprimant ainsi la garantie des droits de propriété. Pourquoi un investisseur rationnel choisirait-il de mettre en péril son argent et ses biens en investissant en Afrique du Sud?

Investir en Afrique du Sud : un risque élevé

Lors d’une conférence de l'ANC, le 7 août dernier, le président soulignait que la promotion de l’investissement visait à aider les provinces à lutter contre les problèmes du chômage croissant, la pauvreté et les inégalités. Alors que le fléau de la corruption et l’inefficacité du gouvernement entravent déjà les investissements, le spectre de l’expropriation des biens risque de décourager davantage les entreprises étrangères d’investir en Afrique du Sud.

Une entreprise qui dispose de capitaux et qui est à la recherche d’opportunités de placement dans un pays étranger, choisira d’évidence l’option qui lui garantit le meilleur rendement à long terme. Une entreprise qui choisit l’Afrique du Sud peut trouver que son rendement est trop aléatoire et que le risque est trop élevé. En effet, sans la protection des droits de propriété par la Constitution, le risque réel est que l’investissement de cette entreprise, sous forme de bâtiments, de temps, de développement des compétences, d’emplois créés, etc., soit perdu si son patrimoine immobilier n’est pas protégé. Il n'y a aucune raison d'encourager les investisseurs à prendre le moindre risque dans ce pays.

Si les droits de propriété sont protégés, cela signifie que les individus peuvent se projeter à long terme en construisant des maisons; les entrepreneurs peuvent prendre des risques et créer une entreprise. Si ça marche, ils savent que leur entreprise sera sécurisée et protégée en vertu de la Constitution. Les taux élevés de criminalité et de corruption font déjà de l’Afrique du Sud une destination d’investissement risquée. Compte tenu des ravages perpétrés au Zimbabwe lorsque les droits de propriété ont été détruits, le gouvernement sud-africain osera-t-il priver le pays des investissements indispensables au recul de la pauvreté, uniquement dans un but électoraliste en préparation des élections de l’an prochain ?

L’impact de l’expropriation arbitraire

La modification de l’article 25 de la Constitution signifie que nous introduisons la possibilité très réelle de saisie arbitraire de biens appartenant à des entités locales et étrangères. Ni les populations locales ni les investisseurs étrangers ne voudraient se soumettre au potentiel dictat d’un l'État pouvant décider, à tout moment et pour quelque raison que ce soit, de saisir leurs biens. La modification de l'article 25 est, osons le dire, un déni de propriété pur et simple. Les biens à saisir ne seront pas limités aux grandes exploitations commerciales appartenant à des Blancs ; aux terrains urbains, aux maisons, ou aux immeubles commerciaux. Toutes les propriétés sont concernées, aussi bien celle des Blancs que celles des Noirs. Tous pourront faire l’objet de saisie arbitraire. Dans un tel contexte, il y aura peu d’investissement, ce qui affectera ceux qui ont toujours été les plus touchés lorsque l’État a accru son pouvoir sur la population, à savoir : les pauvres sud-africains noirs.

Les Sud-Africains ont certes été enthousiasmés par l’arrivée au pouvoir du président Ramaphosa. Tout son discours optimiste et inspirant ne vaut pourtant rien s'il ne correspond pas à la réalité. Si l’Afrique du Sud doit attirer des flux conséquents de capitaux pour parvenir à une croissance significative du PIB, les droits de propriété doivent être absolus et surtout reconnus et  protégés.

Certes, l'ère Zuma est terminée, mais l'idéologie socialiste qui sous-tend l'ANC, qui s'attaque aux droits individuels et vise toujours à accroître le pouvoir de l'État, est toujours présente, comme le prouve la volonté d'amender la Constitution. Même si selon la communauté internationale l’image de l’Afrique du Sud peut paraître meilleure que lors du mandat de Zuma, cette image ne sera pas à la hauteur de la réalité si le gouvernement ne protège pas les droits sur les biens. Il est franchement inutile de dépenser de l’argent dans une campagne d’incitation à l’investissement dans un contexte où en même temps, les droits de propriété s’effritent dans le texte fondamental du pays.

Les Sud-Africains voudraient travailler, ils veulent développer l’économie, créer des entreprises et créer des emplois. L'investissement étranger pourrait libérer autant de potentiel dans ce pays ; Alors, pourquoi ne pas rendre cet investissement aussi facile que possible? L'Afrique du Sud a beaucoup à faire, pourquoi saper tout l'édifice en démolissant ses fondements, ses droits de propriété?

Chris Hattingh, analyste pour The Free Market Foundation. Article initialement publié en anglais par la Free Market Foundation – Traduction réalisée par Libre Afrique – Le 12 septembre 2018.