Gary Becker : Voir la vie de façon économique

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Gary Becker est un économiste qui a éclairé l'analyse d'un grand nombre de comportements à la lumière de l'analyse des incitations. Il a été l'un des fondateurs de l'analyse du capital humain et des décisions d'investissement en capital humain, l'analyse de la famille, ou encore de la criminalité. Il a reçu le Prix Nobel de Sciences Economiques en 1992. Voici son discours de Nobel en français, publié dans le Journal des économistes et des études humaines.

 

1. L'approche économique
Mes recherches utilisent l'approche économique pour analyser des problèmes de société qui se situent hors des préoccupations habituelles des économistes. Cette leçon s'attachera à décrire l'approche économique et à l'illustrer par des exemples extraits de travaux passés et actuels.

Contrairement à l'analyse marxiste, l'approche économique à laquelle je me réfère ne suppose pas que les individus soient uniquement motivés par l'égoïsme et l'appât du gain. Il s'agit d'une méthode d'analyse et non d'une hypothèse concernant des motivations particulières. Avec d'autres, j'ai essayé de détacher les économistes de l'hypothèse étroite de l'intérêt personnel. Le comportement est commandé par un ensemble bien plus riche de valeurs et de préférences.

L'analyse suppose que les individus maximisent leur bien-être tel qu'ils le conçoivent, suivant qu'ils sont égoïstes, altruistes, fidèles, rancuniers ou masochistes. Leur comportement est orienté vers le futur, de même qu'il est cohérent à travers le temps. En particulier, ils tentent d'anticiper de leur mieux les conséquences incertaines de leurs actions. Un comportement tourné vers l'avenir peut toutefois trouver ses racines dans le passé, car le passé peut exercer une influence durable sur les attitudes et les valeurs.

Les actions sont contraintes par le revenu, le temps, la mémoire et les capacités de calcul imparfaites, et autres ressources limitées, mais aussi par les possibilités disponibles dans l'économie. Ces occasions sont en grande partie déterminées par les actions privées et collectives des autres individus et organisations.

Des contraintes différentes sont décisives pour des situations différentes, mais la contrainte la plus fondamentale est le temps limité. Les progrès médicaux et économiques ont beaucoup augmenté la durée de vie, mais pas le flux physique du temps lui-même, lequel nous limite toujours à vingt- quatre heures par jour.

Ainsi, alors que les biens et services se sont énormément multipliés dans les pays riches, te temps total disponible pour les consommer est resté le même.
De ce fait, les besoins demeurent insatisfaits aussi bien dans les pays riches que dans les pays pauvres ; car tandis que l'abondance croissante des biens réduit la valeur (les biens supplémentaires, le temps devient plus précieux quand les biens deviennent plus abondants. La maximisation de l'utilité n'a aucune pertinence dans une utopie où les besoins de chacun sont pleinement satisfaits, mais l'invariabilité du flux temporel rend une telle utopie impossible. Certaines de ces questions sont analysées dans Becker[1] et Linder[2].

Les paragraphes suivants illustrent l'approche économique à travers quatre ,sujets très différents. Pour comprendre la discrimination envers les minorités, il est nécessaire d'étendre les préférences pour traiter les préjugés et la haine de groupes particuliers. L'analyse économique de la criminalité intègre dans le comportement rationnel toutes sortes d'actions illégales et antisociales. L'approche du capital humain considère la façon dont la productivité des personnes, en situation marchande ou non -marchande, est modifiée par des investissements en éducation, en compétence et en connaissance. L'approche économique de la famille interprète le mariage, le divorce, la fécondité et les relations familiales à travers le prisme du comportement de maximisation de l'utilité orientée vers le futur.

2. La discrimination envers les minorités

La discrimination envers les étrangers a toujours existé, mais à l'exception de quelques discussions sur l'emploi des femmes[3], les économistes ont très peu écrit sur le sujet avant les années 1950. J'ai commencé à me soucier de la discrimination raciale, religieuse et sexuelle quand j'étais étudiant diplômé, et j'ai utilisé le concept de coefficients de discrimination pour organiser mon approche des préjugés et de l'hostilité envers les membres de groupes particuliers.

Au lieu de faire les hypothèses habituelles que les employeurs considèrent uniquement la productivité de leurs salariés, que les travailleurs ignorent les caractéristiques de leurs collègues de travail, et que les consommateurs ne s'intéressent qu'aux qualités des biens et services offerts, les coefficients de discrimination intègrent l'influence de la race, du sexe et d'autres caractéristiques personnelles des goûts et attitudes. Des employés peuvent refuser de travailler sous les ordres d'une femme cru d'un noir méme s'ils sont bien payés pour le faire, ou bien un acheteur peut préférer ne pas traiter une affaire avec un vendeur de voitures noir. C'est seulement en élargissant les hypothèses usuelles qu'il est possible de commencer à comprendre les obstacles au progrès rencontrés par les minorités.

Vraisemblablement, le montant de discrimination observable envers les minorités, en ce qui concerne les rémunérations et l'emploi, ne dépend pas seulement de penchants particuliers pour la discrimination, mais également d'autres variables telles que le degré de concurrence et la législation des droits civils. Cependant, mises à part l'importante théorie des différentiels compensatoires inspirée par A. Smith et quelques études comme l American Dilemma de Myrdal[4], il existait dans les années 1950 peu de travaux sur lesquels on pouvait s'appuyer pour analyser la façon dont les préjugés et les autres variables interagissent. J'ai passé plusieurs années à élaborer une théorie pour savoir comment la discrimination réelle des rémunérations et de l'emploi est déterminée par des penchants pour la discrimination, ainsi que par le degré de concurrence sur les marchés du travail et des biens, par la distribution des coefficients de discrimination entre les membres du groupe majoritaire, par l'accès des minorités à l'éducation et la formation, par le résultat du principe de l'électeur médian et d'autres mécanismes du vote qui déterminent si une loi est favorable ou hostile aux minorités, et par d'autres considérations encore. Puisqu'il y avait tellement de choses à faire clans ce domaine, mes conseillers m'ont encouragé à transformer ma thèse de doctorat[5] en livre[6].

La discrimination véritable qui s'exerce sur le marché envers les minorités dépend des discriminations combinées des employeurs, des salariés, des consommateurs, des écoles et des gouvernements. L'analyse montre que parfois l'environnement affaiblit fortement l'impact d'un montant donné de préjugés, alors qu'en d'autres périodes il l'amplifie. Par exemple, l'écart de salaires entre noirs et blancs, ou hommes et femmes, à productivité égale, serait bien inférieur au degré de préjugés envers les noirs ou les femmes si les entreprises pouvaient se spécialiser efficacement en embauchant des noirs ou des femmes.

En effet, dans un monde de rendements d'échelle constants dans la production, deux économies séparées avec la même distribution de compétences éviteraient totalement toute discrimination et engendreraient des salaires et des rendements égaux des autres ressources, sans se soucier du désir de discrimination envers les minorités isolées. Par conséquent, la discrimination par la majorité produit un effet parce que les membres de la minorité ne peuvent offrir les diverses compétences en quantités suffisantes pour que des entreprises se spécialisent en embauchant de tes travailleurs.

Quand la majorité dépasse largement la minorité - aux Etats Unis, les blancs sont neuf fois plus nombreux que les noirs et possèdent beaucoup plus de capital humain et physique par tête que ces derniers -, la discrimination par la majorité ne diminue sûrement pas leurs revenus, mais peut largement réduire les revenus de la minorité. Toutefois, quand les membres d'une minorité représentent une fraction assez importante du total, la majorité qui pratique la discrimination leur porte tout autant préjudice.

Cette proposition peut être illustrée par une analyse de la discrimination en Afrique du Sud, où les noirs sont quatre à cinq fois plus nombreux que les blancs. La discrimination envers les noirs a également touché significativement les blancs, bien que certains groupes blancs en aient bénéficié[7]. Ce coût relativement important pour les blancs semble indiquer pourquoi l'Apartheid et d'autres formes flagrantes de discrimination afrikaners s'effondrent en fin de compte.
Une littérature s'est développée pour savoir si la discrimination sur le marché due aux préjugés disparaît dans le long terme. Le fait de savoir si les employeurs qui ne veulent pas pratiquer la discrimination élimineront finalement ceux qui la pratiquent ne dépend pas seulement de la distribution du penchant pour la discrimination parmi les employeurs potentiels, mais aussi sérieusement de la nature des fonctions de production des entreprises.

La discrimination par les salariés et les consommateurs sur le long terme est empiriquement d'une plus grande signification, car ils représentent des sources de discrimination bien plus importantes que les employeurs. Il n'y a aucune raison d'espérer que 1a discrimination de la part de ces groupes disparaisse dans le long terme à moins qu'il ne soit possible d'avoir suffisamment d'entreprises séparées efficaces ainsi que des marchés de biens effectivement séparés.
Un développement théorique original et récent est l'analyse des conséquences d'un raisonnement stéréotypé ou d'une discrimination statistique[8]. Cette analyse suggère que les convictions des employeurs, des professeurs ou de tout autre groupe d'influence selon lesquelles les membres d'une minorité sont moins productifs peuvent s'auto réaliser, car ces convictions sont susceptibles de conduire les minorités à sous -investir dans l'éducation, la formation, les compétences, ou encore dans la ponctualité. Ce sous -investissement les rend vraiment moins productifs[9].

Dans beaucoup de pays, en ce qui concerne les salaires, le chômage, les activités des noirs, des femmes, des groupes religieux, des immigrés et autres, les preuves ont largement été faites durant les vingt-cinq dernières années. Ces résultats montrent plus clairement 1a position économique des minorités et comment elle se modifie dans des environnements différents. Cependant, cette évidence n'a pas dissipé la plupart des controverses au sujet de l'origine des faibles revenus des minorités[10].

3. Crime et châtiment

J'ai commencé à m'interroger sur le crime dans les années 1960 alors que je me rendais à l'Université de Columbia pour la soutenance d'un étudiant en théorie économique. J'étais en retard et j'ai dû décider rapidement entre laisser ma voiture dans un parking payant ou risquer une contravention pour l'avoir garée illégalement dans la rue. J'ai calculé la probabilité d'avoir une contravention, l'importance de l'amende et le coût d'une place de parking. J'ai décide de prendre le risque et de me garer clans la rue. (Je n'ai pas eu de contravention).

Comme je me dirigeais vers la salle d'examen en marchant le long des bâtiments, il me vint à l'esprit que les autorités de la ville avaient probablement fait la même analyse. La fréquence des inspections des véhicules en stationnement et l'importance de l'amende imposée aux contrevenants devaient dépendre de leurs estimations des calculs effectués par les contrevenants potentiels comme moi. Bien entendu, la première question que j'ai posée à ce malheureux étudiant fut d'élaborer le comportement optimal des délinquants et de la police, chose que je n'avais pas encore faite.
Dans les années 1950 et 1960, les discussions intellectuelles sur 1e crime étaient dominées par 1'opinion qu'un comportement criminel était causé par une maladie mentale ou une oppression sociale. et que les criminels sont des "victimes" impuissantes. Un livre d'un grand psychiatre était d'ailleurs intitulé "Le crime du châtiment"[11].

De telles idées ont commence à exercer une influence considérable sur 1a politique sociale, en même temps que les lois ont été modifiées pour étendre les droits des criminels. Ces changements ont réduit les craintes et les condamnations des criminels et ont procuré une protection moindre à la population respectueuse de la loi.

Je n'étais pas en sympathie avec l'hypothèse selon laquelle les criminels ont des motivations radicalement différentes du reste de 1a population. J'ai étudié plutôt les implications théoriques et empiriques de l'hypothèse que le comportement criminel est rationne1[12], mais une fois encore, "rationalisé" ne signifiait pas matérialisme étroit. Elle reconnaissait que beaucoup de gens étaient contraints par des considérations morales et éthiques et qu'ils ne commettaient pas de crimes, même si ceux-ci leur étaient profitables et ne pouvaient être découverts.

Toutefois, la police et les prisons seraient inutiles si de telles attitudes prévalaient toujours. La rationalité supposait que certains individus deviennent des criminels parce qu'ils comparent les récompenses financières d'un crime et d'un travail légal, en tenant compte de la probabilité d'être appréhendés et condamnés, et de la sévérité de la peine.

La quantité de crimes est non seulement déterminée par la nationalité et les préférences des criminels potentiels, mais également par l'environnement économique et social, créé par les politiques publiques, et qui comprennent les dépenses de police, les peines pour les différents crimes, les offres d'emploi, d'éducation et de formation. En clair, le type d'emplois légaux disponibles, la loi, l'ordre et les peines représentent une partie intégrante de 1'approche économique du crime.

La dépense publique totale pour la lutte contre le crime peut être diminuée, tout en conservant inchangée l'espérance mathématique de la peine, en compensant la réduction des dépenses pour la capture des criminels par une augmentation suffisante de la peine de ceux qui sont condamnés. Toutefois, les individus qui ont une préférence pour le risque sont davantage dissuadés de commettre un crime par une plus grande probabilité de condamnation que par des peines plus lourdes. Par conséquent, le comportement optimal de l'État devrait compenser la diminution des dépenses de police et de justice (qui réduisent la probabilité de condamnation) par une plus grande incertitude sur la peine. L'État devrait aussi considérer la probabilité de punir des personnes innocentes.

Dans les premiers temps de ma recherche sur le crime, je ne comprenais pas pourquoi le vol est socialement nuisible alors qu'il semble simplement redistribuer des ressources, le plus souvent des individus les plus riches vers les individus les plus pauvres. J'ai résolu cette embarrassante question[13] en reconnaissant que les criminels gaspillent de l'argent en achetant des armes et la valeur du temps passé à la préparation et la réalisation de leurs crimes, et en reconnaissant qu'une telle dépense est socialement improductive (c'est ce que l'on appelle maintenant « la course à la rente »*) car elle ne crée pas de richesse, elle ne fait que la redistribuer par la force. Le coût social d'un vol pouvait être estimé d'après le montant des dollars volés puisque des criminels rationnels auraient été disposés à dépenser jusqu'à cette somme pour leurs crimes. (J'aurais dû ajouter les ressources dépensées par les victimes potentielles pour se protéger).

Une raison pour laquelle l'approche économique est devenue si influente est que le même outil analytique peut être utilisé pour étudier la mise en application de toutes les lois (la législation sur le revenu minimum, les lois sur la pollution de l'air, les délits d'initiés et autres violations de lois sur la sécurité, et les fraudes fiscales). Puisque peu de lois sont respectées automatiquement, elles nécessitent des dépenses en condamnation et en peine pour dissuader les violateurs. La commission américaine dénommée The United States Sentencing Commission a explicitement utilisé l'analyse économique du crime pour développer les règles devant être appliquées par les juges afin de punir les violateurs des lois fédérales[14].

Les études de la criminalité utilisant l'approche économique sont devenues courantes durant les vingt-cinq dernières années. On y trouve l'analyse ces peines marginales optimales pour prévenir des augmentations de la gravité des crimes - par exemple, pour dissuader un kidnappeur de tuer sa victime (la littérature moderne débute avec Stigler[15] ) et l'analyse de la relation entre les sanctions privées et publiques des lois[16].

Les amendes sont préférables à l'emprisonnement et autres types de peine car elles sont plus efficaces. Avec 1'amende, la peine des délinquants est aussi un revenu pour l'État. Les premières discussions sur des relations entre les amendes et les autres peines ont été clarifiées et considérablement améliorées[17].

Les évaluations empiriques des effets des conditions carcérales, des taux de condamnation, du niveau de chômage, de l'inégalité des revenus et d'autres variables sur le taux de criminalité sont devenues plus nombreuses et plus précises (le premier travail fut réalisé par Ehrlich[18] et la littérature ultérieure est abondante). Les plus grandes controverses tournent autour de la question de savoir si la peine capitale dissuade les meurtres, une controverse qui est loin d'être résolue[19].

4. Le capital humain

Jusque dans les années 1950, les économistes supposaient généralement que la force de travail était donnée et impossible à augmenter. Les analyses sophistiquées des investissements en éducation et autre formation dues à A. Smith, A. Marshall et M. Friedman n'étaient pas intégrées dans les discussions sur la productivité. T.W. Schultz et d'autres ont été parmi les premiers à développer la recherche sur les implications des investissements en capital humain pour la croissance économique et sur des questions économiques liées.

L'analyse du capital humain débute avec l'hypothèse que les individus décident de leur éducation, de leur formation, de leurs soins médicaux et de tout supplément de connaissance et de santé en pesant les avantages et les coûts. Les avantages comprennent les gains culturels et non-monétaires de même que les améliorations en matière de rémunération et d'activité, tandis que les coûts dépendent habituellement et principalement de la valeur perdue du temps consacré à ces investissements.

Aujourd'hui, le capital humain est tellement peu controversé qu'il peut paraître difficile de comprendre l'hostilité qui existait envers cette approche dans les années 1950 et 1960. On prétendait que le concept même de capital humain était avilissant parce qu'il traitait les hommes comme des machines. Aborder l'éducation en tant qu'investissement plutôt qu'en tant qu'expérience culturelle était considéré comme caractéristique d'un comportement insensible et d'une vision extrêmement étroite. De ce fait, j'ai longtemps hésité avant d'intituler mon livre Human Capital[20] et j'ai contourné le danger en utilisant un long sous-titre. C'est seulement progressivement que les économistes ont accepté le concept de capital humain comme un outil valable pour l'analyse des divers problèmes économiques et sociaux.

Mes recherches sur le capital humain ont commencé par la volonté de calculer les taux de rendement à la fois personnels et sociaux, pour les hommes et les femmes, les noirs et les autres groupes, des investissements réalisés pour des niveaux différents d'éducation. Après quelque temps, il devint évident que l'analyse du capital humain pouvait aider à expliquer beaucoup des régularités des marchés du travail et même de l'économie dans son ensemble. Il semblait possible de développer une théorie plus générale du capital humain qui tenait compte aussi bien des entreprises que des individus, et dont on pouvait considérer les implications macro-économiques.

L'analyse empirique a essayé de corriger les données sur les rémunérations supérieures (les personnes plus éduquées par le fait qu'elles sont plus compétentes : elles possèdent un Q.I. plus élevé et obtiennent de meilleurs résultats aux autres tests d'aptitude. L'analyse a également pris en considération les effets de la mortalité, des impôts sur le revenu, des gains perdus et de la croissance économique sur les taux de rendement de l'éducation. Les rectifications de compétences ne semblèrent pas très importantes alors que les modifications substantielles de la mortalité des adultes et des taux de croissance produisaient de grands effets.
L'étude empirique des investissements en capital humain a reçu un appui majeur des travaux désormais classiques de Mincer[21]. Il a étendu une simple analyse de régression qui liait les rémunérations aux années d'étude[22] pour y inclure une mesure primaire mais très utile de formation sur le tas et d'expérience - les années après la fin des études ; il a utilisé de nombreuses observations individuelles plutôt que des données groupées, et il a minutieusement analysé les propriétés des résidus des équations de production de gains. Il existe maintenant de nombreux taux de rendement estimés pour l'éducation et la formation dans beaucoup de pays[23].

L'accumulation de preuves des avantages économiques de la scolarisation et de la formation a également favorisé l'importance du capital humain dans les discussions politiques. Cette nouvelle foi dans le capital humain a réorganisé l'approche par les gouvernements du problème de la stimulation de la croissance et de la productivité, comme le prouve l'accent mis sur le capital humain durant la récente élection présidentielle aux Etats Unis.

Un des concepts théoriques les plus influents dans l'analyse du capital humain est la distinction entre formation ou savoir général et formation spécifique[24]. Par définition, un savoir spécifique à une entreprise n'est utile que dans les entreprises qui le fournissent, alors qu'un savoir général est aussi utilisable par d'autres entreprises. Apprendre à quelqu'un à se servir d'un ordinateur PC-IBM est une formation générale tandis que connaître la structure hiérarchique et les compétences des salariés d'une entreprise particulière est un savoir spécifique. Cette distinction permet d'expliquer pourquoi les salariés possédant des compétences hautement spécifiques sont moins susceptibles de quitter leurs emplois et pourquoi ils sont les derniers à être licenciés en cas de ralentissement des affaires. Cela explique aussi pourquoi la plupart des promotions sont internes et non par embauche - les salariés ayant besoin de temps pour apprendre la structure et la "culture" d'une entreprise - et pourquoi des méthodes comptables plus performantes devraient inclure le capital humain spécifique des salariés dans les actifs principaux des sociétés.

Des investissements spécifiques à une entreprise engendrent des rentes qui doivent être partagées entre les employeurs et les employés, processus de partage qui est sensible a un comportement "opportuniste" car chaque partie peut essayer de s'approprier le plus de rente possible après la réalisation des investissements. La rente et l'opportunisme engendrés par les investissements spécifiques jouent un rôle crucial dans la théorie moderne des organisations[25] et dans beaucoup de discussions concernant la théorie de l'agence[26]. Les implications du capital spécifique sur 1e partage et sur le chiffre d'affaires ont également été utilisées dans l'analyse des " marchés " du mariage[27] pour expliquer le taux de divorce et les négociations dans le mariage ainsi que dans l'analyse des "marchés" politiques pour expliquer le faible taux de renouvellement des hommes politiques[28].

La théorie de l'investissement en capital humain établit une relation entre l'inégalité des rémunérations et les différences de talents, les origines familiales, les héritages et les autres actifs[29]. Beaucoup d'études empiriques sur l'inégalité se fondent également sur les concepts du capital humain, en particulier les différences d'éducation et de formation[30]. La croissance relativement importante de l'inégalité de rémunération aux Etats Unis dans les années 1980, qui a provoqué tellement de discussions politiques, s'explique en grande partie par les profits supérieurs attribués à ceux qui sont les plus éduqués et les mieux formés[31].

La théorie du capital humain propose une interprétation provocatrice de ce qui est appelé "l'écart des sexes" dans les rémunérations. Traditionnellement, les femmes étaient bien plus susceptibles que les hommes d'être intéressées par le travail à temps partiel ou intérimaire, en partie parce qu'elles se retiraient quelque temps du marché du travail après la naissance des enfants. Par conséquent, elles avaient moins de raisons d'investir en formation et en éducation pour améliorer leurs rémunérations et leurs compétences.

Durant les vingt dernières années, tout cela a changé. La diminution de la taille de la famille, la croissance du taux de divorce, l'expansion rapide du secteur tertiaire qui emploie la plupart des femmes, le développement économique continu qui aligne leurs rémunérations à celles des hommes, et la législation des droits civils ont encouragé une plus grande participation des femmes au marché du travail, et donc de plus grands investissements dans des formations orientées vers le marché. En pratique, dans tous les pays riches ces forces ont considérablement amélioré les activités et les rémunérations relatives des femmes.

L'expérience des Etats Unis est particulièrement bien documentée. L « écart des sexes » dans les rémunérations de travail à plein temps est resté aux alentours de 35% du milieu des années 1950 à la moitié des années 1970. Puis les femmes ont bénéficié du développement économique régulier qui se poursuit encore ; il a resserré l'écart à moins de 25%. Les femmes se précipitent dans les écoles de commerce, de droit et de médecine, et elles occupent des emplois spécialisés qu'elles évitaient auparavant ou dont elles étaient exclues.

Schultz[32] et d'autres auteurs[33] ont très tôt mis en avant que les investissements en capital humain représentaient une contribution majeure à la croissance économique. Mais par la suite, la relation entre le capital humain et la croissance a été négligée car les économistes ont eu des doutes sur la capacité de la théorie de la croissance d'alors de donner un bon aperçu des progrès des différents pays. La renaissance de modèles de croissance endogène plus formels a remis le capital humain au premier plan dans les discussions[34].

5. La formation, la dissolution et la structure des familles

L'analyse en termes de choix rationnel du comportement familial est construite sur le comportement de maximisation, sur les investissements en capital humain, sur l'allocation du temps et sur la discrimination envers les femmes et les autres groupes. Le reste de mon exposé se concentre sur cette analyse car elle est encore assez controversée.

Ecrire A Treatise on the family[35] représente l'effort intellectuel le plus difficile que j'ai jamais entrepris. On peut soutenir que la famille est l'institution la plus fondamentale et la plus ancienne - certains auteurs font remonter son origine à plus de 50.000 ans. Le Treatise essaie d'étudier non seulement les familles occidentales modernes, mais aussi celles d'autres cultures ainsi que les changements de structure à travers les siècles.

Tenter de couvrir ce vaste sujet a demandé un engagement mental de plus de six ans, de nuit comme de jour, qui m'a épuisé intellectuellement et émotionnellement. Dans son autobiographie, B. Russell dit que l'écriture de Principia Mathematica a tellement sollicité ses capacités mentales qu'il n'a plus jamais été en état de mener un travail intellectuel difficile. 1l m'a fallu presque deux ans après la fin du Treatise pour retrouver ma vitalité intellectuelle.

L'analyse de la fécondité a une histoire longue et honorable en économie, mais jusqu'aux années récentes, le mariage et le divorce, les relations entre mari et femme et entre parents et enfants ont été complètement négligées par les économistes[36]. Le point de départ de mes recherches sur la famille est l'hypothèse que quand des hommes et des femmes décident de se marier, d'avoir des enfants ou de divorcer, ils cherchent à maximiser leurs utilités en comparant les avantages et les coûts. Donc, ils se marient s'ils espèrent vivre mieux qu'en restant célibataires, et ils divorcent s'ils espèrent améliorer leur bien-être.

Les gens qui ne sont pas des intellectuels sont souvent surpris quand on leur dit que cette approche est sujette à controverse, puisqu'il leur paraît évident que les individus essaient d'accroître leur bien-être en se mariant ou en divorçant. L'approche du mariage et des autres comportements en termes de choix rationnel est en fait souvent en accord avec l'économie instinctive de l'"homme de la rue"[37].

Cependant, des hypothèses intuitives sur le comportement ne sont que le point de départ d'une analyse systématique, car à elles seules elles n'engendrent que peu d'implications intéressantes. L'approche en termes de choix rationnel les intègre dans un schéma qui allie le comportement maximisateur et l'analyse du marché du mariage et du divorce, la spécialisation et la division du travail, l'aide à la vieillesse, les investissements en enfants et la législation qui affecte la famille. Les implications du modèle complet ne sont pas si évidentes et vont parfois nettement à l'encontre des idées reçues.

Par exemple, contrairement à la croyance habituelle sur le divorce des gens riches, l'analyse économique des décisions familiales montre que les couples aisés sont moins susceptibles de divorcer que les couples plus pauvres. Selon cette théorie, les couples plus riches ont un intérêt substantiel à rester mariés alors que ce n'est pas le cas des couples plus pauvres. Une femme pauvre peut se demander si cela vaut la peine de rester mariée à un chômeur de longue durée. Des études empiriques réalisées dans plusieurs pays indiquent que les mariages de couples riches sont beaucoup plus stables que les autres[38].

Une négociation efficace entre époux implique que la tendance au divorce à l'amiable en Europe et aux Etats Unis au cours des vingt dernières années ne devrait pas augmenter le taux de divorce et donc, contrairement à beaucoup de revendications, elle ne pourrait être responsable de la croissance rapide de ce taux.

Toutefois, la théorie montre que le divorce à l'amiable nuit aux femmes qui ont des enfants et dont le mariage est rompu par le mari. Les foyers constitués de femmes non-mariées avec des enfants représentent aujourd'hui presque 1/5 de tous les foyers avec enfants aux Etats Unis et dans d'autres pays industrialisés.

Depuis l'essai de Malthus, des modèles économiques du comportement ont été utilisés pour étudier la fécondité ; le grand économiste suédois, Knut Wicksell, fut attiré à l'économie par sa croyance dans les prédictions malthusiennes de surpopulation. Mais la conclusion de Malthus selon laquelle la fécondité croîtrait ou décroîtrait en fonction de l'augmentation ou de la diminution des revenus fut contredite par l'important déclin du taux de natalité dans les pays qui ont connu l'industrialisation à la fin du XIXème et au début du XXème siècle.

L'échec du modèle simple de fécondité de Malthus a persuadé les économistes que les décisions en matière de taille de la famille sont hors de portée du calcul économique. Le modèle néo-classique de croissance reflète cette conviction, car dans la plupart de ses versions, il considère la croissance de la population comme une variable exogène et donnée[39].

Toutefois, le problème de l'approche malthusienne ne réside pas dans son utilisation de l'économie en soi, mais plutôt dans l'utilisation d'une économie inappropriée à la vie moderne. Elle néglige le fait que le temps passé à s'occuper des enfants devient plus onéreux quand les pays deviennent plus productifs. La plus grande valeur du temps augmente le coût des enfants, et par conséquent réduit la demande de familles nombreuses. Elle ne parvient pas non plus à considérer que l'importance croissante de l'éducation et de la formation dans les économies industrialisées encourage les parents à investir davantage dans l'éducation de leurs enfants, ce qui augmente également le coût d'une grande famille. La valeur croissante du temps et l'importance plus grande de l'enseignement et du capital humain expliquent le déclin de la fécondité quand les pays se développent, ainsi que d'autres caractéristiques du taux de natalité dans les économies modernes.

Pourquoi, dans presque toutes les sociétés, trouvons-nous les femmes mariées cantonnées dans l'éducation des enfants et dans certains travaux agricoles, alors que les hommes mariés effectuent la plupart des travaux marchands et de combats ? L'explication se trouve vraisemblablement dans une combinaison des différences biologiques entre hommes et femmes - particulièrement des différences dans leurs capacités innées à enfanter et éduquer - et de la discrimination envers le travail marchand des femmes, conditionnée en partie par la culture. Il existe de grandes divergences d'opinion, à caractère fortement émotionnel, sur l'importance relative de la biologie et de la discrimination pour expliquer la division traditionnelle du travail au sein du couple[40].

L'analyse économique de cette division du travail ne détermine pas l'importance relative de la biologie et de la discrimination, mais elle montre combien la division est sensible aux moindres différences de l'une ou de l'autre. Puisque le rendement de l'investissement en une formation est d'autant plus grand que le temps passé à utiliser celle-ci est grand, un couple marié pourrait avoir beaucoup à gagner en pratiquant une division stricte du travail car le mari pourrait se spécialiser dans certains aspects du capital humain, et l'épouse dans d'autres. Etant donné le grand avantage de la spécialisation au sein du couple, la plus légère discrimination envers les femmes ou la plus petite différence biologique entraînerait que la division entre le travail marchand et le travail domestique soit systématiquement reliée au sexe. Cette sensibilité à la moindre différence explique pourquoi les preuves empiriques ne peuvent aisément choisir entre les interprétations biologiques et "culturelles". Cette théorie explique également pourquoi beaucoup de femmes arrivent sur le marché du travail quand les familles se réduisent, quand 1e divorce se banalise et quand les occasions de rémunérations s'améliorent pour les femmes.

Les relations entre les membres de la famille sont radicalement différentes de celles qui existent entre les employés d'une entreprise ou ceux des autres organisations. Les interactions entre maris et femmes, parents et enfants sont plus susceptibles d'être motivées par l'amour, l'obligation, la culpabilité et le sens du devoir que par l'intérêt personnel pris au sens strict.

Il a été démontré depuis environ vingt ans que l'altruisme dans la famille modifie énormément la façon dont celle-ci réagit aux chocs et aux politiques publiques qui redistribuant les ressources entre les membres. Becker[41] a montré que les redistributions exogènes de ressources d'un altruiste vers ses bénéficiaires (ou vice-versa) peuvent ne pas affecter le bien-être de chacun car l'altruiste essaiera de soustraire de ses dons le montant redistribué. Barro[42] a déduit ce résultat d'un contexte intergénérationnel, et cela jeta un doute sur l'hypothèse usuelle que les déficits gouvernementaux et les politiques budgétaires correspondantes ont des effets réels sur l'économie.
Le «théorème de l'enfant gâté »- le nom est très populaire même chez les critiques qui sont en désaccord avec ses résultats - conduit l'analyse de l'altruisme plus avant, car il montre comment le comportement égoïste est affecté par l'altruisme. Sous certaines conditions, même des bénéficiaires égoïstes - bien sûr, la plupart des parents pensent que le comportement égoïste des enfants dont les parents sont altruistes en est le meilleur exemple - sont amenés à agir comme s'ils étaient altruistes envers leurs bienfaiteurs parce que cela augmente leur propre bien-être égoïste. Ils agissent ainsi car autrement les dons de leurs bienfaiteurs seraient juste assez réduits pour entraîner une détérioration de leur bien-être[43].

La Bible, la République de Platon et d'autres écrits anciens débattent du traitement des jeunes enfants par leurs parents, et des personnes âgées par les enfants adultes. Ces deux catégories de personnes ont besoin de soins - dans un cas à cause du déclin de la santé et de l'énergie, dans l'autre à cause de la dépendance et de la croissance biologiques. Une implication puissante de l'analyse économique des relations familiales est que ces deux questions sont étroitement liées.

Des parents qui laissent des héritages conséquents n'ont pas besoin d'allocation vieillesse parce qu'ils aident leurs enfants dans l'embarras. J'ai mentionné précédemment une implication bien connue : sous certaines conditions, les déficits budgétaires et les allocations-vieillesse de la sécurité sociale n'ont pas d'effets réels car les parents compensent de futurs impôts plus élevés pour leurs enfants par des legs plus importants.

Il est moins facile de se rendre compte que des parents altruistes qui laissent des héritages ont également tendance à beaucoup investir dans les aptitudes, les passions et les valeurs de leurs enfants. Ils gagnent en effet à financer tous ces investissements en éducation et en formation pour leurs enfants car ces investissements procurent un taux de rendement plus élevé que le profit de l'épargne. Ils peuvent indirectement épargner pour leurs vieux jours en investissant dans leurs enfants, et en réduisant leurs legs quand ils seront âgés. La situation serait meilleure à la fois pour les parents et les enfants si les parents réalisaient tous les investissements sur leurs enfants qui engendrent des rendements supérieurs à ceux de l'épargne, et donc ajustaient leurs dons au niveau optimum d'investissement .

Même dans les pays riches, beaucoup de parents ne prévoient pas de laisser un héritage. Ces parents souhaitent une allocation -vieillesse et "sousinvestissent" dans l'éducation et les autres besoins de leurs enfants. Ils sousinvestissent parce qu'ils ne peuvent pas compenser eux-mêmes des dépenses plus grandes pour leurs enfants par une réduction d'héritage puisqu'ils n'ont pas prévu d'en laisser.

La situation serait meilleure à 1a fois pour les parents et les enfants si les parents acceptaient d'investir davantage sur leurs enfants en échange de l'engagement par leurs enfants de s'occuper d'eux quand ils auront besoin d'aide. Mais comment un tel engagement peut-il être respecté ? Les économistes et les juristes recommandent habituellement un contrat écrit pour assurer l'engagement, mais il est absurde d'envisager qu'une société impose des contrats entre des adultes et des enfants de dix ans ou des adolescents.

Une partie de ma recherche actuelle prend en considération une manière indirecte de générer des engagements en l'absence de promesses et d'obligations écrites. Je vais décrire brièvement quelques éléments de ce nouveau travail parce qu'il entraîne l'approche économique de 1a famille vers un domaine inexploré lié à la formation rationnelle des préférences au sein des familles.

Les attitudes et les comportements parentaux ont une énorme influence sur les enfants. Des parents alcooliques ou drogués créent une atmosphère étrange pour des jeunes enfants impressionnables, alors que des parents avec des valeurs stables qui transmettent des connaissances et qui inspirent leurs enfants influencent favorablement à la fois ce dont leurs enfants sont capables et ce qu'ils veulent faire. L'approche économique peut contribuer à la compréhension de la formation des préférences au travers des expériences de l'enfance, sans nécessairement adopter la vision freudienne de la prééminence de ce qui arrive durant les premiers mois de la vie.

J'essaie toujours de modéliser une idée de bon sens ; à savoir que les attitudes et les valeurs des adultes sont énormément influencées par les expériences passées de l'enfance. Il se peut qu'un médecin indien vivant aux Etats Unis adore le curry parce qu'il a acquis un goût prononcé pour ce mets durant son enfance en Inde ; il se peut qu'une femme soit à tout jamais effrayée par les hommes parce qu'elle a été violée étant enfant.
A travers son hypothèse de comportement tourné vers ]'avenir, le point de vue économique implique que les parents essaient d'anticiper l'effet de ce qui arrive aux enfants sur leurs attitudes et leurs comportements d'adultes. Ces effets aident à déterminer le type d'attention que les parents procurent à leurs enfants. Par exemple, des parents soucieux de leur soutien de vieillesse peuvent essayer d'inspirer chez leurs enfants les sentiments de culpabilité, d'obligation, de devoir et d'amour filial qui, indirectement mais conséquemment, peuvent "engager" les enfants à s'occuper d'eux.
Les économistes ont une perspective trop restreinte des engagements. "Manipuler" les expériences des autres pour influencer leurs préférences peut apparaître inefficace et incertain, mais cela peut être le moyen le plus sûr d'obtenir un engagement. La théorie économique a besoin d'intégrer dans les préférences la culpabilité, l'affection et les autres attitudes afin d'approfondir la compréhension des conditions de 1a "crédibilité" des engagements.

Les parents qui ne laissent pas d'héritage sont plus enclins à rendre leurs enfants coupables parce qu'ils retirent davantage d'utilité d'une consommation de vieillesse plus grande que ce qu'ils perdent d'une réduction égale de la consommation des enfants. Ce type de comportement est considérablement plus répandu que ce que suggère le nombre de familles laissant un héritage, car les parents de jeunes enfants ne savent souvent pas s'ils seront financièrement à l'aise dans leur vieillesse. Ils peuvent essayer de se protéger contre la maladie, le chômage et autres risques de la vieillesse en instillant chez leurs enfants la volonté de les aider si cela devient nécessaire.

Cette analyse du lien entre les expériences de l'enfance et les préférences d'adulte est étroitement reliée aux travaux sur la formation rationnelle des habitudes et les passions[44]. La formation des préférences est rationnelle dans le sens où les dépenses parentales pour les enfants dépendent en partie des effets anticipés des expériences de l'enfance sur les attitudes et comportements adultes. Je n'ai pas le temps de considérer ici le comportement des enfants - comme rechigner ou être "sage" - qui essaient en retour d'influencer l'attitude de leurs parents.

Beaucoup d'économistes, y compris moi-même, ont trop compté sur l'altruisme pour lier les intérêts des membres d'une famille. La reconnaissance de la connexion entre les expériences de l'enfance et le comportement futur réduit le besoin de s'appuyer sur l'altruisme dans la famille. Mais cela ne réduit pas l'analyse à une vision restreinte de l'intérêt personnel, car elle remplace en partie l'altruisme par les sentiments de culpabilité, d'obligation, de colère et d'autres attitudes habituellement négligées par les modèles de comportement rationnel.

Si les parents anticipent que les enfants les aideront dans leur vieillesse- peut-être par culpabilité ou en raison d'antres motivations correspondantes - même ceux qui ne sont pas très aimants peuvent investir dans le capital humain de leurs enfants et épargner moins pour subvenir aux besoins de leur vieillesse.

Les parents préfèrent toujours une légère augmentation de leur propre consommation à une augmentation égale de la consommation de leurs enfants si la seule façon pour eux de consommer davantage est de culpabiliser leurs enfants. Cela signifie que des parents altruistes qui font en sorte de culpabiliser leurs enfants sous-investissent toujours dans le capital humain de leurs enfants. Cela montre pourquoi créer un sentiment de culpabilité comporte des coûts et pourquoi ce n'est pas totalement efficace.

Les chefs de familles altruistes qui n'ont pas prévu de laisser d'héritage essaient de créer une atmosphère "chaude" dans leurs familles pour que les membres veuillent bien aider ceux qui connaissent des difficultés financières et autres. Cette conclusion est cohérente avec les discussions sur ce que l'on nomme « les valeurs familiales », un sujet qui a retenu l'attention durant la récente campagne présidentielle aux Etat Unis. Les parents aident à la détermination des valeurs des enfants - y compris leurs sentiments d'obligation, de devoir et d'amour - mais ce que les parents tentent de faire peut être grandement affecté par les politiques publiques et les changements économiques et sociaux.
Considérez par exemple, un programme qui transfère des ressources vers les personnes âgées, spécialement vers les familles les plus pauvres qui ne laissent pas d'héritage ; cela réduit la dépendance de ces personnes envers leurs enfants. Selon l'analyse précédente, les parents qui n'ont pas besoin d'aide à la vieillesse ne sont pas aussi enclins à rendre leurs enfants loyaux, coupables ou bien disposés à leur égard. Ceci signifie que des programmes comme la sécurité sociale, qui aident de manière significative les personnes âgées, encouragera les membres de la famille à se séparer émotionnellement, non par accident mais en réponses maximisatrices à ces politiques.

D'autres changements dans le monde moderne ont modifié les valeurs familiales : la mobilité géographique accrue, la richesse qui vient avec la croissance économique, de meilleurs marchés des capitaux et de l'assurance, le taux plus élevé de divorce, les familles plus petites, et les fonds publics pour la santé. Ces développements ont en général amélioré la situation des gens mais ils ont également affaibli les relations personnelles entre les époux, entre les parents et les enfants et avec les parents éloignés, en réduisant les motivations pour investir dans la création de relations plus proches.

6. Commentaires de conclusion

Une étape importante de l'extension de l'analyse traditionnelle des choix rationnels individuels consiste à intégrer dans la théorie un ensemble bien plus riche d'attitudes, de préférences et de calculs. Cette étape est primordiale dans tous les exemples que je considère. L'analyse de la discrimination inclut dans les préférences une aversion - ou des préjugés - envers les membres de groupes particuliers tels que les noirs ou les femmes. En décidant de s'engager ou non dans des activités illégales, les criminels potentiels sont supposés agir comme s'ils considéraient à la fois les gains et les risques - comprenant la probabilité d'être pris et la sévérité de la peine. Dans la théorie du capital humain, les gens évaluent rationnellement les avantages et les coûts des activités telles que l'éducation, la formation, les dépenses de santé, la mobilité et la formation des habitudes qui modifient radicalement leur façon d'être. L'approche économique de la famille suppose que même les décisions intimes, comme le mariage, le divorce et le nombre d'enfants, sont prises en pesant les avantages et les inconvénients de ces actions. Les pondérations sont déterminées par les préférences qui dépendent de l'altruisme et des sentiments de devoir et d'obligation envers les membres de la famille.

Puisque l'approche économique, ou en termes de choix relationnels, des comportements est construite sur une théorie des décisions individuelles, les critiques de cette théorie se concentrent habituellement sur des hypothèses particulières concernant la manière dont ces décisions sont prises. En autres choses, les critiques nient que les individus agissent logiquement dans le temps, et doutent que le comportement soit tourné vers l'avenir, spécialement dans des situations nettement différentes de celles habituellement considérées par les économistes - comme celles qui impliquent un comportement criminel, familial, politique ou de dépendance. Ce n'est pas le lieu d'entrer dans une réponse détaillée à ces critiques ; alors j'affirme simplement que, jusqu'à présent, aucune approche d'une généralité comparable n'a été développée qui soit un concurrent sérieux à la théorie des choix rationnels.
Bien que l'approche économique des comportements soit basée sur la théorie des choix individuels, elle n'est pas principalement concernée par les individus. Elle utilise la théorie micro-économique comme un outil puissant pour déduire des implications au niveau du groupe ou au niveau micro-économique. Les choix rationnels individuels sont associés à des hypothèses concernant la technologie et d'autres déterminants des possibilités d'actions, l'équilibre en situations marchande et non-marchande, les lois, les normes et les traditions pour obtenir des résultats concernant le comportement des groupes. C'est principalement parce qu'elle déduit des implications au niveau micro-économique que la théorie est intéressante pour les politiciens et ceux qui étudient les différences entre les pays et les cultures.
Aucune des théories considérées dans cette conférence n'a l'ambition de la plus grande généralité ; chacune essaie plutôt de déduire des implications concrètes qui peuvent être testées par des études et autres données. Les querelles pour savoir si les peines découragent le crime, si les rémunérations inférieures des femmes sont principalement dues à la discrimination ou au moindre capital humain, si les lois sur le divorce à l'amiable augmentent le taux de divorce, tout cela soulève des questions sur la pertinence empirique des prédictions déduites d'une théorie fondée sur la rationalité individuelle.

Une relation étroite entre la théorie et la recherche empirique évite que ces deux domaines ne deviennent stériles. Les théories orientées vers l'empirisme favorisent le développement de nouvelles sources et de nouveaux types de données, encouragent la théorie du capital humain à affiner l'utilisation de ces dernières. En même temps, des résultats empiriques étranges obligent à des changements dans la théorie, comme le montre l'enrichissement apporté aux modèles de l'altruisme et des préférences de la famille pour incorporer la découverte que, dans les pays occidentaux, les parents ont tendance à léguer des sommes équivalentes à leurs différents enfants.

J'ai été impressionné par 1e nombre d'économistes qui veulent travailler sur des problèmes sociaux plutôt que sur des problèmes qui constituent le domaine traditionnel de l'économie. Dans le même temps, les spécialistes des questions de société sont souvent attirés par la manière économique de modéliser le comportement en raison du pouvoir analytique de l'hypothèse de rationalité individuelle. Des écoles prospères de théoriciens des choix rationnels et de chercheurs empiriques sont actives en sociologie, en droit, en science politique, en histoire, en anthropologie et en psychologie. Le modèle des choix rationnels offre la base la plus prometteuse, disponible actuellement, pour une approche unifiée de l'analyse du monde social par les chercheurs en sciences sociales.

Notes

 

*Texte extrait du Journal des Economistes et des Etudes Humaines, vol.4 n°2&3, Juin/Septembre 1993. Merci à Bertrand Lemennicier pour nous avoir fourni la version digitalisée.

[1] Becker -1965. [2] Linder - 1970. [3] Voir Edgeworth -1922 et Faucett -1918. [4] Myrdal -1944. [5] Becker -1955. [6] Becker -1957. [7] Voir Becker -1971. pp 30 -31 et Hutt -1964. [8] Voir Phelps -1972 et Arrow -1973. [9] Voir une bonne analyse récente de Loury -l922. [10] Voir la revue de littérature théorique et des analyses empiriques de Cain -1986. [11] Voir Menninger -1966. Voir les travaux novateurs de Bentham et Beccaria -1980 [12] Voir les travaux novateurs de Bentham et Beccaria -1980 [13] N.d.T. traduction du terme américain "rent seeking". * Becker -1968. [14] United States Sentencing Cornmission -1988. [15] Stigler -1970. [16] Voir Becker/Stigler -1974 et Landes/Posner -1975. [17] Voir, par exemple, Polinsky/Shavell-1984 et Posner - 1986. [18] Ehrlich -1973. [19] Voir, par exemple. Ehrlich -1975 et National Research Council -1978. [20] Becker-1964. [21] Mincer-1974. [22] Becker/Chiswick-1966. [23] Voir Psacharopoulos -1975 pour un résumé de cette littérature. [24] Voir Becker - 1962 et Oï -1962. [25] Voir Williamson -1985. [26] Voir, par exemple, Grossman et Hart -1983. [27] Voir Becker/Landes/Michael -1977 et McElroy/Horney -1981. [28] Voir Cain/Ferejohn/Fiorina -1987. [29] Voir Becker/Tomes -1986. [30] Voir Mincer -1974. [31] Voir, par exemple, Murphy, welch -1992. [32] Schultz -1963. [33] Voir, par exemple. Denison -1962. [34] Voir, par exemple, Romer -1986. Lucas -1988, Barro/Sala -i -Martin -1993, et Becker/Murphv/Tamura -1990. [35] Becker -1991. [36] Malgré l'étude importante de Mincer -1962. [37] Farrell/Mandel -1992. [38] Voir Becker/Landes/Michael-l977. [39] voir, par exemple, Cass -1965. Arrow/Kurz -1970. [40] Voir, par exemple, Boserup -1970. [41] Becker -1974. [42] Barro -1974. [43] Voir Becker -1974, et l'élaboration et les restrictions à l analyse dans Linbeck/Weibull -1987, Bergstrom -1989 et Becker -1901 (pp. 9 -13). [44] Voir Becker/Murphy -1988.
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Cette conférence est dédiée à la mémoire de George J. Stigler qui a disparu il y a presque un an. Prix Nobel, éminent économiste, ami très Cher et Véritable, il serait aussi heureux que moi s il était encore là de m'entendre prononcer le discours du Nobel 1992 en économie.